Lola lit Destins coréens ♥

Dans cette excellente BD, l’auteur nous livre un pan de son histoire. Jung est né en 1965 à Séoul en Corée du Sud. Abandonné par sa maman à 5 ans, il est placé dans un orphelinat et adopté en 1971 par une famille belge. Après une enfance heureuse et des études d’art, il devient auteur de bande dessinée et publie notamment Couleur de peau : miel, en trois tomes publiés entre 2006 et 2013. C’est lors d’une séance de dédicace à Séoul, que Jung fait la connaissance de Joy, une jeune étudiante coréenne qui souhaite lui parler. Enceinte, célibataire, elle se sent perdue ! La société coréenne stigmatise et exclue les mères célibataires qui se retrouvent vulnérables, sans aides et sans soutien, rejetées et insultées. Les femmes célibataires enceintes préfèrent se faire avorter ou abandonner leur bébé à des agences d’adoption frauduleuses qui abusent de leur fragilité, certaines même  choisissent de se suicider pour échapper à la honte et au déshonneur. La mère de Joy exhorte sa fille à se débarrasser du bébé, son père chéri décède avant d’avoir donné son avis. De retour chez lui, Jung n’a plus de nouvelles de Joy malgré ses nombreux messages. Cette rencontre le touche plus qu’il ne pensait. Joy l’obsède, le sort de son bébé aussi : il revit sa propre histoire à travers eux. Il regrette de ne pas l’avoir aidée, il aurait pu lui donner des contacts, de l’espoir, de la force. Heureusement, une nouvelle invitation à Séoul va lui permettre de se lancer sur les traces de Joy.

Les illustrations sont très belles, les planches pleine page sont magnifiques et le texte est vraiment touchant : Sauver Joy c’était me permettre de sauver l’enfant abandonné que j’étais resté. Mais aussi sauver celle qui m’avait donné la vie, ainsi que ma sœur Valérie. (p114) Sa petite sœur, bébé coréen adopté aussi, au destin tragique, atteinte d’un cancer et morte dans un accident de voiture à 25 ans, que Jung n’avait pas su aimer. L’auteur nous permet de découvrir un épisode peu glorieux et méconnu, en Corée du Sud dans les années 70 à 80, les gouvernements militaires considéraient les adoptions comme la solution à plusieurs problèmes nationaux. Des bébés orphelins soi-disant trouvés dans la rue avaient pourtant des mamans identifiables souvent mères célibataires ou pauvres, forcées à les abandonner aux agences d’adoption. « Une loi spéciale sur l’adoption en Corée du Sud permettait aux agences à but lucratif de manipuler les dossiers et de contourner les procédures d’adoption en bonne et due forme, et ce, sans le consentement approprié des parents biologiques. » Article complet Paris Match à retrouver ici.

Un coup de cœur pour cette superbe BD, bouleversante tant par le trait que les couleurs et le message qu’elle entend porter ♥

#Destinscoréens #NetGalleyFrance


Destins coréens / Jung (texte, dessins et couleur) Laëtitia Marty (texte) – Editions Delcourt coll. Encrages – mars 2025 – 144p