Quel bonheur de retrouver Bérénice Pichat, La Petite Bonne m’avait tellement plu ! Cette fois, le personnage féminin s’appelle Servane, une jeune fille de 17 ans dans le Paris de 1943 étouffé par l’occupation allemande. Les parisiens ont peur, froid et faim, les allemands réquisitionnent le moindre aliment, les dénonciations arbitraires font rage. Depuis le décès de sa mère à l’asile, Servane (sur)vit avec son beau-père dans un immeuble sous le regard perçant de la concierge. Quand elle rencontre une amie de lycée sur un trottoir, elle est loin d’imaginer ce que l’avenir lui réserve près de Paul, ancien militaire devenu trafiquant. Je n’en dis pas plus, vous le découvrirez en aout, lors de sa sortie.
De nouveau l’autrice met en scène des personnages ordinaires avec des zones d’ombre, ni tout à fait blancs, ni tout à fait noirs. C’est cette zone que l’autrice explore. Qui ne s’est jamais posé la question « Et moi, qu’est-ce que j’aurais fait à cette période ? » Quelle est la priorité ? Manger, sauver sa peau ou rester moralement infaillible ?
J’ai été moins touchée par les personnages, mais j’avais tellement aimé La petite bonne. Je trouve encore une fois très intéressante la construction du roman, entre prose et vers libres, avec quelques éléments intégrés (notes, billets, tickets…) même si elle est moins spectaculaire que dans La petite bonne.
Un excellent deuxième roman. J’ai hâte de savoir ce que l’autrice nous réserve pour le prochain !
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Un marché noir / Bérénice Pichat – Editions Les Avrils – aout 2026 – 288p



Le roman s’ouvre sur une fastueuse fête estivale, celle que donne Diane Schnabel, dans sa maison au bord de l’eau. Tout le monde sera là ! Un lieu chargé des souvenirs de l’enfance de ses deux fils Adam et Waldo, et d’Annabel et Olivia, les filles de son amie Eva Wilberforce. Et sans rien savoir encore de ce qui s’est joué là, on se doute que cette fête ne sera pas une nuit de réjouissances pour tout le monde mais celle des vérités, des secrets révélés et des règlements de comptes. Réunir ces gens-là n’est pas innocent !
Clément, le récit d’autofiction de Romain Lemire où il raconte son enfance et l’inceste que son père lui a fait subir ainsi qu’à ses frères, ses cousins et tant d’autres enfants. Un livre bouleversant, qui prend au tripes. Clément a 7 ans, lorsque André, professeur de français apprécié, rentre dans la chambre de son plus jeune fils, nu, et lui demande s’il veut savoir comment on fait les enfants. A sept ans dans les années 80, dans l’ignorance de l’enfance, comment mettre en doute la parole d’un père adoré. Alors Clément se retrouve à tripoter « la quéquette » paternelle, et à lécher ses bourses « poilues ». Cette première partie est assez déconcertante et m’a mise mal à l’aise ; les mots employés pour décrire des scènes d’une telle violences sont si naïfs, si innocents que mon cerveau d’adulte a eu du mal à supporter. Et puis Clément grandit, son langage change, le vocabulaire est plus cru, plus en adéquation avec les viols qui se répètent jusqu’à ses 14 ans, l’année du suicide du père après la révélation de l’inceste paternel par un des trois frères. Un inceste ordinaire dans une famille bourgeoise unie et cultivée, des grands-parents dans des maisons de campagne, des vacances familiales, des sorties culturelles au théâtre, au concert ; une enfance heureuse, raconte Clément. Mais l’inceste est une bombe à retardement et on retrouve Clément adulte qui cherche à rompre le silence dans lequel sa mère s’est enfermée, pour pouvoir vivre enfin, ses frères qui essaient de construire des familles et sa sœur Estelle qui dérive. Un livre à lire car l’inceste y est traité différemment, à hauteur d’enfant.
Ce sont ces lieux et ces évènements qui ont inspiré Charlotte McConaghy, l’autrice de l’excellent Les fantômes de Shearwater. Elle installe la famille Salt à Shearwater, une petite île déserte fictive perdue au milieu de l’océan Austral. Dominic, le père est le gardien de la réserve de semences mondiale, fonction qu’il assume seul depuis le départ de toute l’équipe à cause de la montée brutale des eaux. Lui et ses trois enfants Fen l’aînée, et ses frères Raff et Orly sont chargés de surveiller, choisir, préparer et mettre en sureté les graines à sauver en attendant le bateau qui les ramènera sur le continent. Mais la tempête gronde et l’île est inabordable. Sauf pour un canot de fortune qui recrache sur la plage une jeune femme qui va bouleverser l’équilibre précaire des Salt.
Juillet 1914. L’archiduc François-Ferdinand vient d’être assassiné à Sarajevo, la guerre gronde. Lucien Latour élève officier à Saint-Cyr, est fier de porter les couleurs de la France sur les traces de son grand-père, mort en héros sur le champ de bataille de Sedan en 1871. Mais alors que la mobilisation générale se prépare, il demande à un de ses camarades des archives militaires de retrouver les faits d’armes glorieux de son grand-père. Il découvre alors avec consternation que son aïeul a été fusillé par l’armée française. Sa grand-mère, épouse du traitre, entreprend alors de lui raconter enfin leur histoire.
Malheureusement, je ne peux pas vous dire grand chose car ce premier roman sortira en aout, mais on va en entendre parler parce que c’est une merveille ♥ Première lecture de la RL d’été et énorme coup de cœur, j’ai déjà envie de le relire !